Le ciel au-dessus du Moyen-Orient n’est pas le seul champ de bataille. Depuis les frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, un second front s’est ouvert sur les réseaux sociaux : celui de la désinformation générée par intelligence artificielle.
Les images pleuvent. Des vidéos de missiles frappant Tel-Aviv. Des photos de destructions massives à Jérusalem. Des clips montrant des soldats américains en larmes dans les décombres. Sauf que beaucoup de ces contenus n’ont jamais existé. Ils ont été créés de toutes pièces par des outils d’IA, ou recyclés à partir de conflits anciens.
« La technologie d’intelligence artificielle générative rend extrêmement difficile de distinguer le vrai du faux », expliquent les experts. Une difficulté qui est systématiquement exploitée.
Des deepfakes à l’échelle industrielle
Les exemples se multiplient. Des images générées par IA montrant des frappes directes à Jérusalem et Tel-Aviv circulent massivement sur les réseaux. Une vidéo prétendument montrant l’Iran attaquant des bases américaines près du Burj Khalifa à Dubaï s’est propagée comme traînée de poudre. Même les vieilles images ne sont pas épargnées : des vidéos de frappes de missiles iraniennes datant d’octobre 2024 sont réutilisées et présentées comme des événements récents.
Le volume est énorme. Près de 200 clips générés par IA ont accumulé des millions de vues sur les réseaux sociaux, selon les données disponibles. Et X (anciennement Twitter) est littéralement noyé sous la désinformation suivant les attaques.
Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante, c’est la démocratisation des outils. « Il suffisait autrefois d’une agence de renseignement d’État avec Photoshop pour falsifier une image satellite. Aujourd’hui, n’importe qui ayant accès à ces outils peut le faire ». Les barrières techniques se sont effondrées.
X a annoncé démonétiser les vidéos identifiées comme étant des fausses, mais cela ne règle qu’une partie du problème, beaucoup des faussaires étant moins motivés par l’argent que par la pure désinformation et influence. Notamment lorsque ce sont les autorités politiques ou leurs soutiens qui sont directement à la manoeuvre.
Les tactiques de propagande
Les régimes exploitent cette nouvelle arme avec méthode. L’Iran a intensifié ses opérations psychologiques en utilisant l’IA pour générer et diffuser de la désinformation. Les comptes pro-Téhéran ont notamment circulé de faux contenus prétendant documenter les dégâts causés par les frappes iraniennes contre les États-Unis et Israël.
Mais ce qui complique vraiment les choses, c’est que la désinformation exagère les succès militaires iraniens en brouillant la limite entre propagande et réalité. Les citoyens ordinaires ne savent plus qui croire. Et c’est exactement l’objectif.
Le problème des vérificateurs
Les fact-checkers travaillent à la limite du possible. L’AFP a dû débunker plusieurs fausses affirmations circulant massivement. Les médias traditionnels comme la BBC et Sky News ont dû immédiatement corriger les faux récits. Mais la vitesse de propagation dépasse largement celle de la correction.
« Il existe un écart croissant entre la sophistication des déceptions générées par l’IA et la capacité des analystes à les détecter », soulignent les experts du Carnegie Endowment. C’est une course que les vérificateurs ne peuvent que perdre.
Une arme plus redoutable que les missiles
Ce qui rend ce phénomène particulièrement inquiétant, c’est son potentiel de radicalisation. La désinformation n’a pas seulement pour but de tromper ; elle vise à polariser, à enflammer, à pousser à l’action. Dans un contexte où les tensions géopolitiques sont déjà extrêmes, le brouillard informationnel devient une arme stratégique aussi puissante que les capacités militaires elles-mêmes.
Les gouvernements commencent à peine à comprendre qu’ils doivent développer de nouveaux accords internationaux pour contrer les fausses informations générées par l’IA. Mais à quelle vitesse ? Pendant ce temps, les deepfakes continuent de se multiplier, les vieilles vidéos sont recyclées, et des millions de personnes partagent des images qui n’ont jamais existé.
Le conflit Iran-Israël-USA se joue aussi les réseaux sociaux. Et cette bataille-là, nous sommes loin de savoir comment la gagner.



